Martine Persault, la revanche des tissus oubliés

Martine Persault artiste textile

Il y a 10 ans, après avoir travaillé dans le cinéma et le parfum, Martine Persault se demande quelle nouvelle voie elle va emprunter. “C’est évident maman !” lui lancent ses trois fils. Elle qui a fait une école d’arts plastiques, qui a toujours été manuelle et qui aime détourner des objets… “dans la déco et l’artisanat !”

J’ai toujours adoré les textiles, ils s’imposent à moi. Comme j’en ai beaucoup, je repère ceux qui vont bien ensemble et je les assemble pour en faire des objets” me raconte Martine Persault. Elle commence alors à créer des pièces avec des tissus qu’elle chine. ”Je n’achète quasiment que des tissus anciens. La base de mon travail, c’est de chiner.”

Tapisserie moderne de Martine Persault

Tapisserie de Martine Persault

De ses collages naissent des vases, des paniers, des luminaires et plus récemment des tableaux tissés, pour lesquels j’ai eu un coup de foudre il y a quelques semaines. Ce travail de tissage est arrivé il y a un an et demi : “Je m’étais fracturée le poignet droit, je ne pouvais plus travailler. J’ai pris un cadre en bois, j’ai tendu des lanières de tissu et je me suis mise à tisser.” Cela donne des tapisseries modernes qui habillent magnifiquement les murs. 

Martine Persault Créations

Dès la création de sa marque, MP Créations, elle est vendue chez Merci, deux Noëls d’affilée. Le graal de tout créateur. À l’époque, elle fait des sets de table, très bruts, en toile de jute, qu’elle teint. “Un jour, je passe chez Merci, avec mes sets de table sous le bras. Je me suis servie dans leur vaisselle, qui allait très bien avec mes sets, et j’ai fait ma petite mise en scène.” On était en plein mois de juillet, il n’y avait pas grand monde dans le magasin. Elle envoie la photo de son installation au Directeur Artistique de Merci, Daniel Rozensztroch. En 48h, elle avait un rendez-vous et une grosse commande. 

Une démarche simple, sensée et sans fioritures, comme ses objets. “J’ai toujours aimé l’art japonais dans sa simplicité et ses matières. Je suis très attirée par la philosophie wabi sabi, ce goût pour l’imperfection. J’aime la manière qu’ont les Japonais de valoriser la fragilité en la sublimant.”. Elle s’inspire d’ailleurs du Kintsugi, l’art de restaurer des objets cassés ou abîmés avec de la poudre d’or : “Sur certains de mes paniers j’insère un fil d’or.” 

Cet aspect brut, tout le monde n’y est pas sensible. “Ça ne peut pas plaire à tout le monde, mais de toute façon ce n’est pas le but ! C’est mon parti pris.” me précise Martine Persault. Et avec un grand sourire dans la voix : “Je ne suis pas capable de faire autre chose.

Ce qui me touche particulièrement dans son travail, c’est la forme évanescente de ses objets et de ses sculptures. Son secret ? Elle leur offre la possibilité de “break free” : “À mi parcours, je les laisse sécher sans le moule pour qu’ils puissent se déformer et que chacun, en fonction du poids du tissu à tel ou tel endroit, prenne sa forme bien à lui.” Son travail continue de vivre et d’évoluer tout le temps du séchage, jusqu'à se fixer définitivement.Moi, j’accepte que ça bouge, mais mes clients, pas toujours !” Ses luminaires n’ont d’ailleurs aucune structure, ils tiennent tout seuls. 

Objets textiles de Martine Persault

Des formes différentes donc, mais toujours du tissu, dont beaucoup de lin et de chanvre issus parfois d’anciens sacs de farine. “À l’époque, ils étaient fabuleux. Et puis on allait jusqu’au bout : quand il y avait un trou, on faisait un rapiéçage pour prolonger la vie du sac. Je trouve ça magnifique, je mets toujours en avant les parties rapiécées.”

Pour rassembler tous ces tissus qui n’étaient pas voués à cohabiter, Martine fait une colle toute simple, une colle de papier mâché mais avec de la farine de riz : celle-ci a la particularité d’être blanche et de ne pas laisser de trace. Ensuite, dans son atelier en Dordogne, elle travaille comme une céramiste. Sauf que le textile remplace la terre. “J’imprègne les tissus de ma colle, après je lisse, je viens mettre sur un moule.” 

Martine Persault

Comme chez beaucoup de personnes qui expérimentent, Martine s'aperçoit que certaines formes naissent d’erreurs. Pour Coutumes studio, elle a créé des éléments qui ont ensuite été assemblés pour former un grand luminaire. C’était une sculpture avec des boules : “Je gonflais des ballons de baudruche et un jour j’ai percé un peu trop tôt. Ce n’était pas complètement sec, donc ça s’est déformé, ça a fait des brisures. C’était magnifique !

Vous serez prévenu, Martine Persault n’obtient jamais exactement la même chose. L’art de fabriquer avec ses mains, c’est aussi l’art de la surprise. Et c’est ça qui est magique. Si vous lui dites que vous voulez exactement ça, elle vous préviendra “ah non, je ne suis pas sûre d’y arriver !

Lâchez prise, et tout devrait bien se passer…

Si vous êtes à Paris, passez voir l’installation D’une île au Bon Marché. La maison d’hôte du Perche pour laquelle Martine Persault avait déjà travaillé, lui a proposé de faire toutes les lumières de l’installation. 

Inspirations :

Une artiste qu’elle aime particulièrement : Louise Bourgeois.Pour moi c’est une référence. J’adore ses broderies, ses livres en tissu qui racontent plein de choses. Elle disait “c’est l’envers qui dit la vérité”. Il faut que l’envers soit aussi joli que l’endroit.”

Louise Bourgeois livres en tissu

Louise Bourgeois

“En 2002, à 93 ans, Louise Bourgeois s’interroge sur l’importance des textiles dans sa vie et dans son œuvre. Elle trouve dans sa garde-robe des vêtements remontant aux années 1920 et décide d'en faire un livre textile intitulé Ode à l’oubli. Elle construit la reliure et les pages avec les mouchoirs en tissu datant de son mariage de 1938. Puis, pendant les six mois qui suivent, elle découpe, coud ou brode ses vieux vêtements pour former 32 collages. Fragmentés et reconfigurés, ils viennent réveiller des souvenirs qui n'existent plus.” Source ici.

Si vous souhaitez acheter une création, n’hésitez pas à contacter Martine Persault directement sur son compte Instagram, elle vous répondra rapidement.
Luminaires à partir de 130€.
Les paniers et corbeilles peuvent être accrochés aux murs ou utilisés pour contenir du pain, des noix etc. La colle étant naturelle, elle n’est pas toxique. 

Martine Persault travaille beaucoup avec des décorateurs, décoratrices, des restaurants et des hôtels.

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